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L’espace pour la société civile latino-américaine menacé |
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Une étude du Réseau EU-LAT fait le constat d’une réduction alarmante de l’espace civique pour la société civile en Amérique latine, avec de graves conséquences pour la démocratie, les droits humains et environnementaux, et la justice sociale. |
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26 mars 2025
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Le jeudi 20 mars 2025, le Réseau EU-LAT, dont le CNCD-11.11.11 est membre, a présenté à la Délégation pour les relations avec l’Amérique centrale (DCAM) du Parlement européen son étude sur « l’état de l’espace civique en Amérique latine ». L’étude rappelle que l’Amérique latine et les Caraïbes est non seulement le continent le plus inégalitaire, mais aussi le plus dangereux pour les défenseurs et défenseuses des droits humains. Elle met aussi en évidence que la région est confrontée à une progression de l’autoritarisme et à une érosion de l’État de droit, caractérisées par une criminalisation et une répression accrue des protestations sociales, par une surveillance et une militarisation des États. Mais elle montre également que les gouvernements, les entreprises privées et les groupes criminels organisés ont recours à des stratégies juridiques, administratives, financières et extrajudiciaires pour restreindre la participation de la société civile. La fermeture de l’espace civique en Amérique latine affecte de manière disproportionnée les communautés indigènes, les défenseurs de l’environnement, les femmes et les personnes LGBTQI+, qui sont persécutés pour s’être opposés aux industries extractives ou aux politiques qui violent les droits humains. Lorsque l’espace civique est réprimé, la qualité de la démocratie diminue, comme le montrent les données de l’enquête Latinobarómetro 2023, qui indique que le soutien à la démocratie dans la région a chuté de 15 % depuis 2010 [1]. De même, les menaces qui pèsent sur les défenseurs des droits humains ont un effet dissuasif sur la société civile en général, réduisant leur activisme et leur engagement.
Citons principalement l’influence du système économique néolibéral mondialisé qui a été largement imposé à la région par le biais de programmes d’ajustement structurel. Ceux-ci ont poussé les gouvernements à privatiser les actifs publics, à déréglementer les industries et à libéraliser le commerce et les investissement, consolidant l’Amérique latine et les Caraïbes dans son rôle de pourvoyeur de matières premières et augmentant les inégalités. D’autre part, il y a l’impact des mesures prises par différents gouvernements dans le cadre de leur « guerre contre le terrorisme ». Il est clairement établi que les mesures de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent impactent les libertés civiques et le respect des droits humains. On assiste dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes à une répression et à une militarisation croissante, justifiées par la sécurité, l’ordre, la lutte contre le crime organisé, le terrorisme ou l’instabilité sociale. Différents mécanismes sont utilisés pour réprimer l’espace civique, impliquant divers acteurs, souvent l’État, mais aussi de grandes entreprises privées et des groupes criminels. Il s’agit notamment du recours à la stigmatisation et à la diffamation, de la criminalisation de l’activisme ou de la protestation sociale, d’attaques physiques ou numériques, de l’utilisation abusive du système de justice pénale, du contrôle des systèmes judiciaires, ou d’une combinaison de ces mécanismes. Etude par paysL’étude aborde plus particulièrement le cas de six pays latino-américains : Guatemala, Honduras, El Salvador, Nicaragua, Pérou, Equateur. Chaque analyse de pays est présentée sous la même forme : contexte général, situation des défenseurs et de l’espace civique, mécanismes qui réduisent l’espace civique (méthodes législatives, judiciaires et extrajudiciaires), progrès et bonnes pratiques. Pour ne prendre qu’un exemple, le Pérou est confronté à une grave crise politique et à la détérioration de l’Etat de droit, vers un « autoritarisme consolidé ». La répression des manifestations de fin 2022 et début 2023 par le gouvernement de Dina Boluarte a fait 60 morts, restés à ce jour impunis. Les conflits sociaux enregistrés au Pérou continuent d’atteindre un niveau considérable. En novembre 2024, le bureau du médiateur (defensoria del pueblo) a enregistré 194 conflits sociaux, dont 52,1 % de nature socio-environnementale. La réponse de l’État aux protestations sociales, par l’usage excessif de la force, l’état d’urgence, la stigmatisation et la criminalisation des manifestants, a été exacerbée ces dernières années, avec la montée d’un discours méprisant, voire raciste, et l’introduction de mesures légales qui facilitent l’usage de la force et l’impunité des forces de l’ordre. Depuis quelques années, une série de lois, de réformes, sont proposées par le(s) gouvernement(s) et le Congrès péruvien dans le but de renforcer le contrôle des organisations sociales, des ONG, de la justice ou d’abaisser des normes sociales ou environnementales en vue de faciliter les investissements de grandes entreprises. Par exemple, la loi 32107, adoptée en août 2024, qui vise à amnistier toute personne ayant commis des crimes contre l’humanité avant 2002 (une décision qui met en péril le droit à la vérité, à la justice et à la réparation des victimes du conflit armé interne au Pérou). Ou encore cette initiative législative qui vise à modifier la loi sur l’Agence péruvienne de coopération internationale (APCI), qui affecterait directement les organisations de défense des droits humains et la coopération internationale. Recommandations à l’Union européenneL’étude recommande à l’Union européenne de s’impliquer plus intensément pour la défense de l’espace pour la société civile en ALC et des droits humains en général, et propose dix recommandations, ici résumées :
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Notes de bas de page |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/L-espace-pour-la-societe-civile |