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Carte blanche

L’impunité d’Israël, une menace pour l’ordre international

Un choix s’impose aux puissances occidentales : faire respecter le droit international ou s’entêter dans un deux poids, deux mesures

Depuis plus d’une semaine, Israël bombarde le Liban, faisant des milliers de victimes civiles et près d’un million de déplacés internes. Après avoir assisté pendant un an à des attaques indiscriminées et au siège complet de la bande de Gaza, la communauté internationale échoue une nouvelle fois à forcer Israël à respecter le droit international et à emprunter le chemin d’un cessez-le-feu, sans parler de la paix dont l’horizon semble aujourd’hui plus éloigné que jamais. Si les populations palestiniennes et libanaises payent le prix fort de l’impunité et du jusqu’au boutisme militaire israélien, c’est l’ordre international dans son ensemble qui en pâtit, ainsi que la crédibilité de l’Occident vis-à-vis du reste du monde.

Nathalie Janne d’Othée 2 octobre 2024

Le discours du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou à la tribune des Nations Unies vendredi 27 septembre et la séquence qui l’a entourée en dit long sur l’état du monde. Alors que la veille, les Etats-Unis et la France mettaient sur la table un plan pour un cessez-le-feu, Netanyahou n’a même pas daigné y répondre dans son discours, présentant la guerre comme la seule issue possible. Ce discours, il l’a fait devant une salle à moitié vide, un grand nombre de diplomates ayant décidé de quitter la salle en signe de protestation. C’est par ailleurs depuis le bâtiment des Nations Unies que le Premier ministre a ordonné la frappe vendredi soir sur le quartier général du Hezbollah dans le sud de Beyrouth. Bilan de l’opération : la mort d’Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, mais aussi de dizaines de civils.

Conforté par le soutien interne que lui offre la mort de Nasrallah, Netanyahou continue sa campagne intitulée « Nouvel ordre », bombardant le Liban, mais aussi le Yémen, visant les positions des Houthis, et malheureusement, encore et toujours la bande de Gaza. Mais quel est ce « Nouvel ordre » que vise Israël par cette stratégie du tout à la guerre ?

L’ordre international mis en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale est en effet constamment piétiné par Israël. Ce dernier délégitime en effet régulièrement les institutions onusiennes, s’assied délibérément sur les règles du droit international humanitaire et préfère baser sa sécurité sur l’imposition de la force militaire. Jusqu’à quand cela pourra-t-il durer ? Quelle sécurité Israël pense-t-il pouvoir atteindre ? Lors d’une conférence de presse aux Nations Unies le 27 septembre, le ministre des Affaires étrangères jordanien Ayman Safadi a clarifié la situation diplomatique : cinquante-sept Etats arabes et musulmans sont prêts à garantir la sécurité d’Israël dans le cadre d’une solution à deux Etats, une proposition mise sur la table par les pays arabes en 2002. Quelle est en revanche la proposition d’Israël ? Jusqu’ici, la stratégie israélienne a été de baser sa sécurité sur le bombardement régulier de ses ennemis, pour les affaiblir, une doctrine militaire intitulée « tondre la pelouse ». Mais comme une mauvaise herbe, la violence ne cesse de repousser tant que ses racines profondes ne sont pas traitées.

Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de justice a émis un avis historique. Celui-ci met précisément en lumière les racines profondes des violences récurrentes au Moyen-Orient : cinquante-sept ans d’occupation israélienne du territoire palestinien qui s’accompagne d’une colonisation et d’une annexion illégales des terres palestiniennes et d’un système de discrimination qui peut être qualifié d’apartheid. Pour la première fois, la Cour a établi qu’au regard de ces caractéristiques, l’occupation israélienne elle-même était illicite et devait cesser dans les plus brefs délais. Le 18 septembre dernier, ce délai a été fixé à douze mois par une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies.

L’avis de la Cour et cette résolution ont été accueillis avec enthousiasme dans le monde arabe, en particulier par les Palestiniens. Ils offrent en effet enfin une reconnaissance au plus haut niveau d’une réalité depuis trop longtemps dénoncée, et qui jusqu’ici était minimisée voire niée par une large partie des Etats occidentaux. Le droit international pourrait-il enfin être porteur de justice pour celles et ceux qui se sentent des citoyens de seconde zone dans le monde ?

Dans son ouvrage « Pour une approche subjective des relations internationales » (éd. Odile Jacob, 2023), Bertrand Badie, professeur à Sciences Po Paris et expert en relations internationales, souligne l’importance de prendre en compte la perception des peuples pour naviguer dans les relations internationales contemporaines. Celles-ci ne découleraient plus selon lui d’un objectif d’« équilibre des puissances », mais bien de subjectivité des peuples. Dans le contexte de la constante dégradation de la situation au Proche-Orient, l’ancien ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin, ne cesse de le rappeler : l’Occident doit prendre en compte la manière de penser du reste du monde, sous peine d’un jour perdre toute voix au chapitre.

Aujourd’hui, un choix s’impose en effet aux puissances occidentales, soit, en ce qui nous concerne au premier chef, à la Belgique et à l’Union européenne. Choisiront-elles de réaffirmer leur soutien au droit international adopté au sortir de la Seconde Guerre mondiale en le faisant respecter de manière cohérente, par Israël comme par tout autre acteur, et regagner ainsi en crédibilité dans le reste du monde ? Ou s’entêteront-elles dans un deux poids, deux mesures qui permet à Israël de continuer à piétiner ce droit, en en sapant la crédibilité et contribuant ainsi à continuer à creuser le fossé qui nous sépare des populations arabes ou du Sud global en général.

Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? L’avis consultatif de la Cour internationale de justice du 19 juillet 2024 et la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies du 18 septembre 2024 qui la met en œuvre établissent des actions, concrètes, que les Etats tiers ont l’obligation de mettre en place pour faire respecter le droit international. Parmi celles-ci, cesser d’importer des produits des colonies, ne plus fournir d’armes qui permettent de maintenir l’occupation et la colonisation israéliennes, mettre fin à tous les liens économiques ou diplomatiques qui pourraient contribuer à renforcer l’occupation, faire en sorte que les entreprises n’entretiennent pas de liens avec la colonisation et l’occupation.

En votant en faveur de cette résolution, la Belgique a fait le bon choix. Il lui reste maintenant à transformer l’essai en mettant en place ces mesures.

Cette tribune a été publiée sur LaLibre.be le mercredi 2 octobre 2024.

URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/L-impunite-d-Israel-une-menace