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Palestine Le mythe du cessez-le-feu et l’impunité persistante |
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Le 10 octobre 2025, un “cessez-le-feu" était annoncé entre Israël et le Hamas, suscitant l’espoir d’une accalmie durable de la violence. Six mois plus tard, force est de constater que ce soi-disant cessez-le-feu a surtout contribué à installer une illusion dangereuse de retour à la normale. Si les bombes ont partiellement cessé de tomber, le génocide, lui, se poursuit – ainsi que les conditions déplorables et la colonisation. |
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Magali de Biolley
9 avril 2026
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Tous les éléments de la définition du crime de génocide, y compris l’intention spécifique qui le caractérise, ainsi que les conditions qui ont fait que la Cours pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête visant entre autres le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, restent présents. Le « cessez-le-feu » entre Israël et le Hamas n’existe que par son nom, et non par sa mise en œuvre réelle. Pendant ce temps, l’attention internationale se déplace vers d’autres théâtres de guerre, et la réalité sur place disparaît progressivement du regard public, facilitant les logiques d’impunité. Une situation toujours catastrophiqueÀ Gaza, les violations quotidiennes de l’accord de cessez-le-feu se poursuivent, avec des frappes aériennes quotidiennes, qui ont tué près de 713 personnes et blessé plus de 1 940 personnes [1] au cours des six derniers mois [2], dont plus de 100 enfants [3] et plusieurs travailleurs de la santé. L’accès à l’aide reste marginal – avec un renvoi quasi systématique des camions d’aide humanitaire par l’armée israélienne. Ainsi, les conditions humanitaires restent déplorables. Environ 1,7 million de personnes sont déplacées, vivant dans des conditions inhumaines, encore aggravées par des conditions météorologiques du mois de mars, notamment une tempête de sable, des intempéries et des incendies. Fin mars 2026, plus de 35 000 enfants âgés entre 6 mois et 5 ans souffraient de malnutrition aiguë dans l’ensemble de la bande de Gaza [4]. La quantité d’eau potable disponible par personne se situait entre 4,5 et 6 litres par jour, le minimum recommandé est d’environ 15 litres par personne et par jour [5]. En Cisjordanie, l’expansion accélérée des colonies et la recrudescence de la violence des colons provoquent des déplacements forcés à des niveaux sans précédent. Au cours des trois premiers mois de 2026, près de 1 700 Palestinien·nes ont été déplacés en raison de ces violences et des restrictions d’accès, dépassant le total enregistré pour l’ensemble de l’année 2025. Depuis 2023, 38 communautés ont ainsi été vidées de leurs habitant·es [6]. Un cessez-le-feu sans promesse de justiceL’absence de toute référence à la justice et à l’autodétermination limitait d’emblée la portée de ce cessez-le-feu et ne permettait pas d’envisager une paix réelle dans la région. Dès lors, il n’est pas surprenant qu’aucun haut responsable israélien impliqué dans les crimes à Gaza n’ait été traduit en justice, et qu’aucune solution respectant le droit à l’autodétermination des Palestinien·es n’ait été mise sur la table. Au contraire, Israël continue de s’enfoncer dans une politique toujours plus répressive, sans égard pour le droit international.La récente mesure prévoyant l’application de la peine de mort, s’appliquant de facto exclusivement à des Palestinien·nes, pour des faits qualifiés de terrorisme, illustre cette dynamique. Extrêmement préoccupante, cette disposition marque une nouvelle extension de l’approche génocidaire d’Israël, s’étendant à présent de Gaza aux Palestinien·nes détenus illégalement dans les prisons israéliennes. Dans un système qui nie déjà aux Palestinien·nes le droit à un procès équitable et à la protection contre la torture et les traitements inhumains, cette disposition – qui ne s’applique pas aux Juifs israéliens responsables de faits similaires - renforce la politique d’apartheid d’Israël. Une approche régionale de conflitsAlors que la situation catastrophique dans le Territoire Palestinien Occupé perdure, elle s’étend à présent à l’ensemble de la région, dont le Liban, la Syrie, le Yémen et en Iran. Depuis le 16 mars, Israël a lancé une opération terrestre au sud du Liban, forçant plus d’un million de personnes à fuir. Des villages entiers ont été rasés. Au moins 1 350 personnes ont été tuées et plus de 2 100 blessées. Des responsables israéliens comparent ouvertement cette campagne au modèle de Gaza. Le déplacement forcé, la destruction systématique des infrastructures civiles, les attaques contre les travailleurs humanitaires constituent, en effet, des crimes de guerre. Le positionnement du gouvernement belgeSous la pression de plus de 110 000 Belges descendus dans la rue au printemps 2025 et lors de nombreux rassemblements organisés en depuis 2023, le gouvernement fédéral a conclu, en septembre 2025, un accord politique de 14 mesures concrètes. Certaines ont été mises en œuvre : l’intensification de l’aide humanitaire, l’interdiction de survols militaires en Belgique, la restriction des services consulaires aux colons belges, ou encore les poursuites judiciaires à l’encontre de ressortissants belges impliqués dans des violations du droit international. Cinq mesures cruciales n’ont cependant toujours pas été mises en œuvre, dont trois essentielles : l’interdiction nationale d’importation des produits provenant des colonies, la mise en place d’un mécanisme national de sanctions contre les colons violents et certains ministres israéliens, ainsi que la reconnaissance formelle de l’État palestinien. Au niveau européen, certaines initiatives ont été prises en matière d’aide humanitaire et de positionnement diplomatique. Toutefois, aucune prise de position ferme au sujet de la suspension de l’Accord d’association EU-Israël n’a jamais été concrétisée, malgré les violations flagrantes de l’Article 2 relatif au respect des droits humains. Le contrôle judiciaire belgeUne décision judiciaire importante [7] est venue rappeler les obligations de l’État belge, à travers un arrêt rendu par la Cour d’appel de Bruxelles le 16 mars. D’une part, celle-ci s’est déclarée compétente pour examiner si la Belgique respectait ses obligations internationales en matière de prévention du génocide et des violations graves du droit humanitaire. D’autre part, elle a reconnu une faute de l’État belge, estimant que celui-ci n’avait pas pris toutes les mesures raisonnables pour prévenir et faire cesser les crimes à Gaza, notamment après l’ordonnance de la Cour internationale de justice de janvier 2024 qui évoquait un risque de génocide. La Cour a d’ailleurs réouvert les débats le lundi 30 mars, en demandant à l’État de se justifier quant au transit de biens à double usage (produits civils pouvant avoir des applications militaires) via la Belgique. Quel espoir pour les Palestiniens et Palestiniennes ?Les déclarations d’intention ne suffisent plus – depuis longtemps. Tant que le droit à l’autodétermination des Palestinien·nes ne sera pas au cœur de toute solution politique, et tant que les mesures promises ne seront pas traduites en actes concrets, la région ne peut entrevoir d’avenir stable. Un véritable cessez-le-feu signifie mettre fin aux attaques contre les civils, rétablir le respect du droit international humanitaire, permettre un accès humanitaire sans entrave et mettre fin au cycle croissant d’impunité. Six mois après l’annonce du cessez-le feu, rien de tout cela n’est advenu. Il n’a amené ni la paix ni la protection. Il a, au contraire, contribué à l’approfondissement de l’impunité, tandis que la violence militaire se poursuit à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie, au Yémen et en Iran. Francesca Albanese, rapporteuse Spéciale aux Nations Unies sur le territoire palestinien occupé, déclarait le 2 avril 2026, lors de son discours Honoris Causa à l’Université d’Anvers, que « si nous ne sortons pas de ce génocide en étant meilleurs, nous ne connaîtrons que le pire et nous regretterons le moment où il était encore possible de faire autrement ». |
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Notes de bas de page [1] UNRWA, Situation Report 214, https://www.unrwa.org/res... [2] UNICEF, Press Release “During Gaza’s Ceasefire, Children Keep Being Killed” https://www.unicef.org.uk... [3] Al Jazeera, Article on healthcare workers in Gaza, https://www.aljazeera.com... [4] OCHA, oPt : Humanitarian Situation Report | 27 March 2026, https://reliefweb.int/rep... [5] Idem [6] Idem. [7] La Libre Belgique, Article Conflit israélo-palestinien - La cour d’appel a rendu un arrêt « historique en droit international » https://www.lalibre.be/de... |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/Le-mythe-du-cessez-le-feu-et-l |