Il est doux cet hiver, non ?
En août dernier 2022, une dizaine de jeunes entre 15 et 20 ans ont participé au camp climat du CNCD-11.11.11. Durant toute la semaine, un atelier podcast fut mené pour donner la parole aux jeunes participant·e·s. Ces paroles, captées par « Comme un Lundi », ont fait éclore le podcast Silex qui a été présenté le 11 janvier 2023 dans l’hémicycle du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par Nicolas Bormann. Il a notamment interpellé la ministre Valérie Glatigny et les élu·e·s sur les questions de justice sociale et climatique. Voici son discours adressé aux député·e·s.
Je m’appelle Nicolas Bormann, j’ai 24 ans et je viens de la région de Rochefort. Connue à la fois pour sa légendaire trappiste, les Grottes de Han mais aussi tristement célèbre pour les inondations de 2021.
Cet été dans ma campagne natal le CNCD-11.11.11 a organisé un camp climat. Alors un camp climat, un camp scout ? Quelle est la différence, les deux se passent en Ardennes avec des gens qui aiment la nature me direz-vous... Soit. Mais détrompez-vous. Le camp climat c’était une semaine au cours de laquelle des jeunes âgées de 14 à 19 ans se sont réunis pour parler des grands enjeux d’aujourd’hui et en ma qualité de co-participant, co-animateur, je viens aujourd’hui porter leurs voix à la tribune.
Imaginez-vous, nous sommes le 22 août à Han-sur-Lesse, le soleil tape depuis des mois, 30°C à l’ombre c’est devenu la norme, la rivière est à sec, l’herbe est rousse et là, goutte à goutte, des ados de toute la communauté française débarquent dans ce gîte de campagne pour une semaine. Ils ne se connaissent pas et ils ne sont pas tous sensibilisés. Certains auraient préféré que leurs parents ne les inscrivent pas, d’autres sont venus pour rencontrer des gens qui partagent leurs préoccupations. Ce qui est certain, c’est que pendant une semaine, ils vont apprendre.
Et je m’en porte garant, ils ont appris. Les jours ont défilé à une vitesse folle, rythmés par les animations - fresque du climat, jeu de la ficelle, atelier de mobilisation -,par les activités - visite de la ferme de Jambjoulle, promenade sous les étoiles -, et rythmées par des intervenantes en or comme Céline Nieuwenhuys [1], l’ONG Quinoa et bien d’autres.
Nous avons parlé de justice climatique et de justice sociale, de modes de vie et de mode d’action. Grâce à l’incroyable équipe de l’association « Comme un Lundi », et à une profusion de réflexions, « Silex » un podcast en quatre épisodes a vu le jour. Ce podcast se veut être le prolongement du camp, vous pouvez retrouver dans vos oreilles la poésie de Simon, les pensées de Virgil et Lys, les blagues de Jack et Syloual, les réflexions d’Annaëlle et d’Astride ainsi que les témoignages touchants d’Aliénor, Cole, Mauhault et de Mamadou. Je vous invite à l’écouter, à l’apprécier comme un grand cru, seconde par seconde.
Parce que ce podcast Mesdames et Messieurs les député·e·s, il est le miroir d’une partie de la population que vous représentez et qui est détentrice de droits inaliénables. Le saviez-vous ? Au sein de la tranche des 16-25 ans, une personne sur deux souffre d’éco-anxiété . Les trois quarts d’entre-eux sont terrifiés par le futur et estime que les générations précédentes, votre génération, ont échoué à prendre soin de la planète. L’UNICEF avertit que le réchauffement climatique aura un impact sur l’avenir de chaque enfant à naître, qu’importe qu’il soit fils de militant, de politicien ou d’ouvrier.
Chaque été, je scrute les feuilles des arbres, le niveau des rivières, je compte les jours sans pluie, et la peur monte. Accompagnée de la colère, elle se dirige d’abord vers moi, moi qui suis tant coupable de consommer. Pourtant, je les ai faits ces petits gestes qui diminuent mon empreinte carbone, j’ai dit au revoir aux boulets liégeois, bonjour aux douches de 30 secondes. Je porte un pull supplémentaire en hiver et je pars en vacances en train. Autant d’actions faciles à réaliser au sein d’un foyer privilégié pour lequel « fin du monde » est plus inquiétant que « fin du mois ». Être conscient de cette inégalité me fait sentir d’autant plus responsable. Malgré mes efforts, le monde est parti pour se réchauffer au-delà des 2,5°C.
À l’université, mon professeur de développement durable avait coutume de répéter deux phrases qui résonnent encore en moi des années plus tard. La première : « Notre génération a échoué, la vôtre sera celle des solutions », la seconde « Qui décide ? ».
« Qui décide ? », quelle question n’est-ce pas ? Est-ce vous ? Le pouvoir politique ne montre-t-il pas ses limites pour résoudre la crise climatique, dès lors que la campagne pour les prochaines élections débute au lendemain de la dernière ? Trop vite, les questions de justices climatique et sociale passent à la trappe. Le meilleur moment pour agir était hier, il ne reste donc qu’aujourd’hui. Cette décennie critique qui en cas d’échec nous plongerait dans un carré infernal, de guerres, de migrations, de maladies et de famines.
Je vous l’accorde, changer nos systèmes actuels de transports, d’alimentation, de production d’énergie est complexe mais sans courage politique c’est impossible. Vous détenez le pouvoir de décider si nous allons miner les fonds marins, instaurer un devoir de vigilance, débloquer des fonds pour l’adaptation aux changements climatiques, vous pouvez décider d’arrêter les subsides aux énergies fossiles.
Nous cherchons tous et toutes à être heureux, les jeunes comme les aînés. Et pour rendre heureux les jeunes du camp climat, je n’ai que deux requêtes, à minima : écoutez ce podcast, mais par-dessus tout, décidez d’agir bon sang !
[1] Secrétaire générale. Fédération des Services Sociaux





