Aide au développement à Séville : entre réaffirmation des engagements et menaces de réductions budgétaires #FFD4

Manifestation en marge du Sommet de Séville
Manifestation en marge du Sommet de Séville
Eurodad (Source) sur X

Du 30 juin au 3 juillet se tient la 4e conférence internationale sur le financement du développement à Séville. Sa raison d’être est d’y mobiliser les ressources pour atteindre les Objectifs de développement durables que se sont fixés en 2015 quelques 193 pays. Parmi ces ressources, il y a l’aide internationale. Quelles sont ses tendances ? Que ressort-il de la déclaration finale du sommet ?

En 2024, l’aide internationale a diminué pour la première fois après cinq années consécutives d’augmentation. Après avoir atteint un niveau record de 223 milliards de dollards en 2023, elle a chuté de 7 %, pour s’établir à 212 milliards de dollards en 2024, soit seulement 0,33 % du revenu national brut cumulé des pays donateurs [1]. Cette baisse n’est probablement que le début, à la lumière des coupes budgétaires annoncées dès 2025 aux États-Unis et en Europe.

Face à ces annonces, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) anticipe une réduction de l’aide internationale comprise entre 9 % et 17 % en 2025 par rapport à 2024. Des coupes sombres sont en effet annoncées dans les budgets d’aide au développement de la plupart des pays donateurs : 25 % en Belgique et en Finlande, plus du tiers en France, en Angleterre et aux Pays-Bas, 83 % aux Etats-Unis – où l’USAID a été brutalement fermée. L’Espagne et la Norvège font partie des rares pays donateurs européens à ne pas envisager de réduction budgétaire dans l’aide au développement.

Cette diminution s’accompagne d’une évolution préoccupante au niveau de l’orientation des financements. L’Aide publique au développement (APD) est de plus en plus instrumentalisée pour contrôler l’immigration ou rapporter des bénéfices aux entreprises des pays donateurs, au détriment de la lutte contre la pauvreté et des autres Objectifs de développement durable.

L’APD dans le compromis de Séville

Le Compromiso de Sevilla, le document final de la 4e Conférence sur le financement sur le développement, a le mérite de réitérer les engagements internationaux qui consiste à mobiliser 0,7% du Revenu National Brut des pays développés pour l’aide publique au développement. Pour rappel, cet engagement des pays dits « économiquement avancés » date du 24 octobre 1970. À l’époque, la date butoir pour respecter cette résolution adoptée à l’ONU était 1975. Cinquante ans plus tard, cet engagement continue à être réitéré à différentes échelles, sans être atteint, du moins par la Belgique et au niveau international.

Cependant, le compromis se limite à cette simple réaffirmation, qui contraste avec les coupes sombres annoncées par les pays donateurs dans leurs budgets d’aide au développement, ceci alors que la moyenne mondiale n’est que de 0,33% du RNB en aide au développement. Les organisations de la société civile dénoncent en outre une occasion manquée de réformer en profondeur la gouvernance de l’aide publique au développement. Un transfert clair des responsabilités vers l’Organisation des Nations Unies permettrait d’instaurer davantage d’équité et de transparence. En l’état, le contrôle reste concentré entre les mains d’un petit groupe de pays donateurs, principalement via l’OCDE, qui continue de définir les règles et priorités selon ses intérêts propres. Le texte final cantonne l’ONU à un rôle de coordination, sans lui conférer le pouvoir normatif nécessaire pour garantir une gouvernance plus inclusive et démocratique.

[1OCDE, « L’aide internationale recule en 2024 pour la première fois en six ans », communiqué de presse, 16 avril 2025 ; données préliminaires .