Des banques belges financent des entreprises qui contribuent au nettoyage ethnique en Palestine
Malgré la guerre à Gaza et les violences en Cisjordanie, les banques et fonds de pension européens continuent d’injecter des centaines de milliards de dollars dans des entreprises directement impliquées dans de graves violations du droit international en Palestine. C’est ce que dévoile un nouveau rapport accablant.
La coalition Don’t Buy Into Occupation [1], incluant le CNCD-11.11.11, dévoile son rapport annuel sur les liens financiers entre l’Europe et la colonisation illégale des territoires palestiniens occupés. Entre janvier 2021 et août 2024, 882 institutions financières européennes ont injecté un total de 211 milliards de dollars en prêts et souscriptions dans des entreprises impliquées dans les colonies israéliennes, tout en détenant 182 milliards de dollars d’actions et d’obligations dans ces mêmes entreprises. Pourtant, la colonisation israélienne constitue un crime de guerre au regard du droit international et annihile toute perspective de développement durable pour les Palestiniens.
BNP et KBC investissent dans le nettoyage ethnique
Le rapport révèle ainsi qu’en un an, BNP Paribas et KBC ont plus que doublé leurs investissements dans Caterpillar, une entreprise dont les machines contribuent à des violations massives du droit international à Gaza comme en Cisjordanie, investissant un total de 772 millions de dollars. BNP Paribas finance l’entreprise à hauteur de 911 millions de dollars, contre 366 millions de dollars il y a un an, tandis que les investissements de KBC dans Caterpillar sont passés de 325 millions de dollars à 772 millions de dollars en un an.
Depuis des décennies, Caterpillar fournit des bulldozers blindés D9 à l’armée israélienne, utilisés pour démolir des maisons palestiniennes, des infrastructures civiles en Cisjordanie occupée et à Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, les bulldozers de Caterpillar jouent un rôle central dans l’invasion terrestre et le nettoyage ethnique dans la bande de Gaza, détruisant massivement des propriétés civiles pour créer une « zone tampon » sur 16 % du territoire et contribuant à l’établissement d’une nouvelle route traversant la bande de Gaza d’est en ouest destinée à renforcer le contrôle israélien. En juin 2024, des experts de l’ONU ont appelé l’entreprise à cesser de fournir l’armée israélienne, tout en rappelant aux institutions financières qui la soutiennent qu’elles ont également des responsabilités.
KBC est consciente de cette implication puisque les organisations membres de la coalition Don’t Buy Into Occupation ont dénoncé le rôle de Caterpillar dans une lettre adressée au président du conseil d’administration et au directeur général de KBC en juin 2024.
« Au lieu de se retirer des entreprises qui contribuent à des violations massives du droit international, la KBC a choisi de doubler son soutien à l’une des plus problématiques d’entre elles », déclare Nathalie Janne, en charge du dossier au CNCD-11.11.11. « C’est inacceptable et cela va à l’encontre de tous les principes d’éthique et de droit international ».
D’autres banques belges financent aussi Caterpillar. C’est le cas de la Delen Private Bank (43 millions USD), la banque Degroof Petercam (15 millions USD) et Belfius (6 millions USD).
Plusieurs exemples récents montrent pourtant que le changement est possible. En juin 2024, la compagnie d’assurance française AXA s’est ainsi retirée de trois banques israéliennes qui jouent un rôle clé dans le financement de la colonisation. « Les désinvestissements d’entreprises lourdement impliquées dans la colonisation israélienne ou dans les opérations militaires israéliennes à Gaza sont de plus en plus nombreuses dans le secteur financier. Cela prouve que les banques sont capables de prendre leurs responsabilités en s’assurant qu’elles ne contribuent pas à des violations du droit international », souligne Nathalie Janne.
Obligations de la Belgique
Le 19 juillet dernier, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif historique estimant que l’occupation israélienne de la Palestine dans son intégralité était illégale et que les conditions étaient réunies pour qualifier la situation d’annexion illégale et d’apartheid. Dans son avis, la Cour précise que les Etats tiers, ce qui concerne donc la Belgique, doivent « prendre des mesures pour empêcher les échanges commerciaux ou les investissements qui aident au maintien de la situation illicite créée par Israël dans le Territoire palestinien occupé ».
Pour la première fois, la Banque nationale belge (BNB) est citée dans le rapport. La BNB investit pour 5 millions de dollars dans l’entreprise TKH Security, une entreprise néerlandaise spécialisée dans les technologies de sécurité, dont les caméras sont utilisées par la police israélienne et dotées d’un système de reconnaissance faciale destiné à surveiller les Palestiniens dans la vieille ville de Jérusalem-Est, annexée illégalement par Israël. Elle investit également dans l’entreprise eDreams ODIGEO (2 millions USD), une entreprise qui offre des logements locatifs dans les colonies israéliennes.
« L’implication des institutions financières et des entreprises belges pourrait être évitée si le gouvernement belge émettait des messages plus clairs et proactifs afin d’éviter qu’elles n’entretiennent des liens financiers ou commerciaux avec la colonisation ou l’occupation israéliennes illégales », souligne Nathalie Janne.
BNP Paribas, toujours premier créditeur de la colonisation
BNP Paribas a pratiquement mis fin à son investissement (d’une valeur de 188 millions USD) dans la Banque Leumi, une banque israélienne jouant un rôle clé dans le financement de la colonisation. Néanmoins elle continue de financer des entreprises extrêmement problématiques comme Elbit System, Caterpillar ou Heidelberg Materials et reste pour la quatrième année consécutive en tête du classement des créditeurs des entreprises impliquées dans la colonisation.
Belfius ne donne plus non plus d’argent à Siemens (195 millions USD en 2023), qui participe depuis des années à la construction d’infrastructures de transport public entre les colonies illégales dans le territoire palestinien occupé. Malgré ces avancées, la banque continue d’investir dans des entreprises comme Caterpillar et Volvo et a même établi de nouveaux liens avec des entreprises impliquées dans la construction de colonies (CNH, Cemex) et la surveillance de civils palestiniens (Motorola).
« L’Etat belge est parmi les principaux actionnaires de BNP Paribas et il est propriétaire de Belfius. A ce titre, il a la responsabilité d’utiliser ses participations dans ces deux banques pour en changer la politique en matière d’investissements dans le territoire palestinien occupé. Ce n’est pas nous qui le demandons, c’est la Cour internationale de justice », constate Nathalie Janne.
[1] La coalition « Don’t Buy into Occupation » (DBIO) est un projet commun de 28 organisations palestiniennes, régionales et européennes basées en Palestine, en Belgique, en France, en Irlande, aux Pays-Bas, en Norvège, en Espagne et au Royaume-Uni (RU). Les membres belges de la coalition sont 11.11.11, CNCD-11.11.11, ACV-CSC, CNE et Fairfin





