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L’objectif d’un monde sans faim semble plus que jamais hors d’atteinte

Les Objectifs de développement durable ont été adoptés en 2015 et prévoient entre autres d’éradiquer la faim d’ici 2030. A mi-chemin de la course à l’objectif “faim zéro” de cet agenda, le CNCD-11.11.11. publie une étude qui se penche sur les chiffres de la malnutrition, les politiques de sécurité alimentaire et les alternatives pour éradiquer la faim.

Amaury Ghijselings 26 septembre 2023

Les chiffres sont en constante augmentation depuis 2015, année de lancement des Objectifs de développement durable (ODD), dont la deuxième cible est d’éradiquer la faim en 2030. Pour être sur la trajectoire de cet objectif, le nombre de personne sous-alimentées aurait dû baisser de 290 millions, or il a augmenté de 240 millions. En 2023, l’objectif d’un monde sans faim semble plus que jamais hors d’atteinte. Entre 691 et 783 millions de personnes souffraient de la faim en 2022 et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en prévoit encore 600 millions en 2030 [1]. Les chiffres explosent depuis 2019 à cause de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine. Cependant, ces deux événements ne sont pas l’origine d’une crise passagère, mais bien des facteurs aggravant une crise alimentaire structurelle.

La malnutrition n’est pourtant pas une fatalité. Nous produisons actuellement suffisamment pour nourrir 12 milliards de personnes. C’est ce que nous appelons le paradoxe de la faim.

Les agences internationales comme la FAO ou le Programme Alimentaire Mondial pointent les conflits, les chocs économiques, les inégalités et les chocs climatiques comme les causes de la faim. Elles nous alertent sur le fait que ces facteurs sont de plus en plus interreliés, ce qui complique encore l’atteinte de l’ODD 2. Cependant, la faim est aussi le résultat d’un système alimentaire défaillant et de politiques publiques qui semblent incapables de gérer ses dégâts dans l’urgence et encore moins de réformes en profondeur pour faire respecter le droit à l’alimentation.

Des solutions existent. Elles sont portées tant par des organisations du Sud que par des agences spécialisées comme le Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE). Des réformes doivent être mises en place pour remettre le commerce à sa juste place. Une réforme en profondeur de l’OMC est indispensable pour que le droit à l’alimentation soit respecté tant dans les pays du Sud que du Nord. Mais cette réforme de l’OMC doit aller de pair avec celles de la fiscalité et des Institutions financières internationales. Leurs programmes sont l’antithèse du principe de souveraineté alimentaire porté par le plus grand syndicat paysan du monde, la Via Campesina. Il s’agit d’une alternative politique partant du principe que l’alimentation n’est pas une marchandise comme les autres. La meilleure façon de garantir le droit à l’alimentation est de garantir le droit des peuples à déterminer eux-mêmes leurs politiques agricoles et alimentaires.

D’autres actions peuvent être menées à court et moyen terme pour tendre vers cette souveraineté alimentaire. Les gouvernements des pays riches devront respecter leurs engagements en matière de financement de la solidarité internationale et réorienter leurs programmes de sécurité alimentaire vers l’agroécologie, car elle est une réponse systémique à des enjeux de plus en plus interreliés : malnutrition, climat, inégalités de genre, etc. En parallèle, d’autres politiques européennes doivent être revues pour ne pas détricoter ce que la solidarité tente de construire. En premier lieu, l’UE doit assurer la transition de son système alimentaire afin qu’il soit moins dépendant des terres des pays du Sud et afin de limiter sa contribution au réchauffement de l’atmosphère.

Enfin, cette étude épingle ce que peut entreprendre la Belgique pour faire sa part et contribuer à un changement d’approche dans le cadre de la lutte contre la faim. Pour commencer, nous recommandons à la Belgique de respecter ses engagements en matière d’aide internationale et de dédier non seulement 0,7% de son revenu national brut (RNB) à l’aide publique au développement, mais aussi de consacrer 15% de cette enveloppe à la sécurité alimentaire. Dans ce cadre, la Belgique doit soutenir l’agroécologie dans ses programmes, dans la recherche et en s’en faisant la promotrice dans les enceintes européennes et internationales.

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Eradiquer la faim, mission impossible ?

Le 16 octobre 2023, à l’occasion de la journée internationale de l’alimentation, la Coalition contre la faim et le CNCD-11.11.11 organisent un séminaire intitulé « Eradiquer la faim, mission impossible ? ». Cette rencontre ouverte à toutes et tous sera l’occasion de débattre des solutions à mettre en place pour relancer de façon ambitieuse la lutte contre la faim. + d’info

Notes de bas de page

[1Ces chiffres sont issus du rapport annuel 2023 de la FAO, L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, publié au moment de clôturer cette étude. La suite de l’étude traite les chiffres de 2021 ce qui ne compromet en rien l’analyse car malgré un léger tassement, la tendance entre 201, année de lancement des ODD et 2023 reste constante.

URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/L-objectif-d-un-monde-sans-faim