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Baromètre 2022 de la solidarité internationale |
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Les Belges plébiscitent le plafonnement des prix énergétiques, la transition écologique et la justice fiscale, sont favorables à l’accueil des réfugiés et à la régularisation des sans-papiers, et soutiennent de manière plus mesurée le financement des pays en développement. |
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CNCD-11.11.11 - Presse
2 novembre 2022
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A la veille de l’Opération 11.11.11, le Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11) publie comme chaque année, en collaboration avec Le Vif, le Baromètre de la solidarité internationale réalisé par IPSOS. Il en ressort qu’une écrasante majorité des Belges plaide pour une réponse simultanée aux crises énergétique et climatique et pour la justice fiscale et la lutte contre l’évasion fiscale. Une majorité des Belges soutient également l’accueil des réfugiés et la régularisation des sans-papiers. Enfin, le soutien des Belges au financement des pays en développement persiste, mais de manière moins tranchée que les mesures financières directement destinées aux populations belge et européenne. Les Belges soutiennent massivement les mesures visant à répondre simultanément aux crises énergétique et climatiqueLe Baromètre 2022 de la solidarité internationale survient dans le contexte de la guerre en Ukraine qui exacerbe la flambée des prix de l’énergie et les problèmes d’approvisionnement. Dans ce cadre, il ressort que les Belges soutiennent massivement les mesures proposées par l’Agence internationale de l’énergie et envisagées par l’Union européenne pour répondre à l’augmentation des prix, assurer la sécurité d’approvisionnement et accélérer la transition énergétique.
Accélérer la transition
D’une part, près des trois quarts des Belges (74%) plaident pour accélérer la transition énergétique en développant plus rapidement les énergies renouvelables pour réduire la dépendance européenne aux énergies fossiles russes. Plus de sept Belges sur dix (72%) sont en outre favorables à l’adoption des mesures d’économies d’énergie, comme la réduction de 1 degré de la température des chauffages, l’isolation des bâtiments ou l’installation de pompes à chaleur. Une écrasante majorité de Belges voient donc dans la crise énergétique actuelle une opportunité de renforcer les mesures ayant pour effet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de lutter contre le changement climatique. D’autant que seulement 27% des Belges pensent qu’il faudrait également relancer les centrales au charbon pour assurer la sécurité énergétique. Les deux tiers des Belges sont par ailleurs favorables à la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires.
Energie : taxer les surprofits
D’autre part, une majorité encore plus écrasante des Belges (80%) est favorable à la taxation des surprofits des sociétés énergétiques pour les redistribuer aux plus vulnérables – moins de 3% des belges sont opposés à une telle mesure, les autres étant sans avis. Enfin, le soutien est également massif pour les mesures discutées au niveau européen pour plafonner les prix du gaz et de l’électricité : plus de 82% souhaitent dissocier le prix de l’électricité de celui du gaz, pour éviter que la hausse du prix du gaz entraîne mécaniquement la hausse du prix de l’électricité ; près de 80% des Belges souhaitent plafonner les prix de l’énergie au niveau de l’Union européenne ; plus de sept Belges sur dix (71%) souhaitent que l’Union européenne opère des achats communs de livraisons de gaz pour négocier un plafonnement des prix avec les fournisseurs. Trois Belges sur quatre soutiennent également la constitution de stocks stratégiques en remplissant les réservoirs de gaz, tel que décidé par l’Union européenne en mars dernier après l’invasion russe de l’Ukraine. Les Belges restent fortement attachés à la lutte contre le changement climatique…
Taxe carbone aux frontières
A la veille de la COP27, la majorité des Belges reste favorable aux politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Plus des deux tiers des Belges (68% contre 67% dans le Baromètre 2021) souhaitent réduire les émissions européennes de gaz à effet de serre de 55% en 2030. Comme en 2021, 66% des Belges soutiennent les investissements dans les énergies renouvelables pour sortir des énergies fossiles. Plus de six Belges sur dix continuent de soutenir l’instauration d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne. Bien qu’en légère baisse, la part des Belges qui soutiennent l’économie circulaire (en exigeant des entreprises le recyclage complet des ressources naturelles incorporées dans les produits) reste très majoritaire (77% en 2022 contre 81% en 2021). Une majorité légèrement plus faible qu’en 2021 (61% contre 64%) souhaite par ailleurs réformer la politique agricole pour favoriser une agriculture moins intensive et plus respectueuse de l’environnement. Six Belges sur dix souhaitent par ailleurs que les Régions adoptent un Pacte logement/énergie pour tripler le rythme de rénovation des logements, avec une priorité aux habitations des familles les plus précaires. … mais sont plus mitigés lorsqu’il s’agit de financer les dommages causés par le changement climatique dans les pays en développement…
Financement climat
Si une majorité de Belges reste favorable au financement du Fonds vert pour le climat pour aider les pays en développement à atténuer leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter au changement climatique, elle est en légère baisse en 2022 (52%) par rapport à 2021 (56%). Concernant le montant de la contribution de la Belgique à ce financement climat, 22% des Belges soutiennent la demande de la Coalition Climat au gouvernement belge de multiplier par cinq sa contribution actuelle pour atteindre 500 millions € annuels, tandis que 24% plaident pour un montant moins important et que 29% sont défavorables à un tel financement climat (25% étant par ailleurs sans avis).
Pertes et préjudices
En outre, même si plus de quatre Belges sur dix sont sans avis concernant la mise en place d’un mécanisme d’assurance pour indemniser les victimes de préjudices subis du fait du dérèglement climatique, en plus du financement climat mentionné ci-dessus, comme le demandent les pays en développement, seuls 27% y sont favorables, contre 30% défavorables. On constate cependant une différence notable entre francophones et flamands : 36% des Belges francophones y sont favorables (contre 23% défavorables), alors que 20% des Flamands sont favorables (contre 36% défavorables). Les Belges veulent réformer la politique migratoire de l’UE et soutiennent une régularisation des sans-papiers en BelgiqueL’accueil des réfugiés ukrainiens, la saturation des centres d’accueil des demandeurs d’asile et les pénuries de main-d’œuvre ont remis la politique d’asile et de migration à l’avant-plan de l’actualité politique. Or les Belges se révèlent de plus en plus solidaires envers les réfugiés et les personnes sans-papiers.
Accueil des réfugiés ukrainiens
D’une part, une majorité de Belges soutient l’activation pour la première fois par l’Union européenne d’une protection temporaire assurant aux réfugiés ukrainiens un accès au travail, à l’hébergement, à l’aide sociale, aux soins médicaux et à l’éducation : plus d’un Belge sur deux soutient la mesure (contre 22% défavorables et les autres sans avis).
Accueil des réfugiés
D’autre part, 44% des Belges pensent que tous les demandeurs d’asile fuyant la guerre ou la persécution, indépendamment de leur pays d’origine, devraient être accueillis dans les mêmes conditions que les réfugiés ukrainiens – contre 29% défavorables et les autres sans avis. Un tel élargissement des conditions d’accueil des réfugiés ukrainiens à tous les demandeurs d’asile est davantage soutenu du côté francophone (51% favorables contre 24% défavorables) que du côté flamand (39% favorables contre 33% défavorables). En outre, la majorité des Belges qui soutient une réforme de la politique européenne d’asile et de migration plus respectueuse des droits humains et du droit d’asile est en légère augmentation par rapport au Baromètre 2021 : 66% des Belges soutiennent l’ouverture de voies sûres et légales de migration sur base de critères objectifs et transparents (soit la même proportion qu’en 2021) et 65% souhaitent réviser le règlement de Dublin et répartir équitablement les demandeurs d’asile entre les Etats membres (contre 60% en 2021). En revanche, comme en 2021, 56% des Belges sont d’accord de traiter les procédures d’asile dans les pays d’émigration et de transit sans permettre d’accès préalable au sol européen. Par ailleurs, 67% des Belges souhaitent réduire à six mois maximum le délai de traitement des demandes d’asile dans l’UE (en légère baisse par rapport aux 71% de 2021).
Régularisation des sans-papiers
Enfin, c’est en matière de régularisation des sans-papiers que l’avis des Belges évoluent le plus ces dernières années : 54% des Belges sont favorables à la régularisation et à l’octroi d’un permis de travail aux personnes sans-papiers résidant depuis au moins 5 ans en Belgique (contre 31% en 2021). Une telle augmentation s’explique en particulier par le retournement de l’opinion flamande : 51% des Flamands sont favorables à une telle régularisation (contre moins de 23% en 2021). L’évolution s’observe également dans une moindre mesure du côté francophone : 57% de Belges francophones soutiennent cette mesure (contre 42% en 2021). Il n’y a plus que 22% des Francophones et 25% des Flamands qui y sont opposés. Les Belges plébiscitent la justice fiscale et la lutte contre l’évasion fiscale
Paradis fiscaux
L’impact de la crise énergétique sur le pouvoir d’achat, les inégalités et les finances publiques a pour effet de consolider le soutien massif des Belges pour la justice fiscale et la lutte contre les paradis fiscaux : 84% souhaitent des mesures plus fortes pour abolir les paradis fiscaux (contre 82% en 2021), 76% continuent de souhaiter un impôt minimum mondial sur les bénéfices des multinationales et 60% pensent que le taux minimum de 15% adopté par l’OCDE est trop faible (contre 52% en 2021). 74% des Belges sont en outre favorables à l’instauration d’un impôt sur les grands patrimoines en Belgique (contre 64% en 2021), tandis que 73% souhaitent taxer davantage les comportements polluants.
Taxer les transactions financières
Au niveau européen, la majorité des Belges restent généralement favorables à des impôts européens pour financer l’emprunt de 750 milliards d’euros du plan post-Covid « next generation » de l’UE, même si on observe certaines variations par rapport aux années précédentes en fonction du type de taxe : 70% des Belges plébiscitent un impôt européen sur les grands patrimoines (contre 72% en 2021) ; 69% soutiennent un impôt minimum européen sur les bénéfices des sociétés (contre 68% en 2021) ; 55% une taxe européenne sur le kérozène et sur les billets d’avion (contre 52% en 2021) ; 48% une taxe sur le plastique (contre 52% en 2021) et près de 52% des Belges restent favorables à une taxe européenne sur les transactions financières (contre 16% défavorables et les autres sans avis). Enfin, la taxe la moins soutenue reste celle sur les services numériques, toutefois en légère hausse (45% contre 41% en 2021) et avec une part de défavorables en baisse (22% en 2022 contre 30% en 2021). Les Belges souhaitent des normes sociales et environnementales contraignantes dans les accords de libre-échange et le respect des droits humains dans le commerce international
Devoir de vigilance
Les trois quarts des Belges restent favorables à l’adoption d’une législation sur le devoir de vigilance des multinationales, qui consiste à imposer le respect des droits humains et de l’environnement tout au long des chaînes de valeur (74% de favorables en 2022 contre 76% en en 2021 et 74% en 2020).
Accords commerciaux
Un Belge sur deux souhaite imposer des normes sociales et environnementales contraignantes dans les accords commerciaux grâce à un mécanisme de plainte et de sanction, tandis que 14% souhaitent l’intégration de telles normes mais sans caractère contraignant (8% ne souhaitent pas intégrer de telles normes que les autres sont sans avis). Un soutien plus mesuré aux pays en développement
Aide au développement
En matière d’aide au développement, 35% des Belges souhaitent une augmentation de l’aide publique au développement (contre 41% en 2021), contre 17% qui souhaitent la réduire (11% en 2021), tandis que 21% souhaitent ne rien changer à la situation actuelle (27% en 2021) et que 27% sont sans avis (21% en 2021). A la question de savoir si la Belgique devrait respecter l’engagement international de mobiliser 0,7% de son revenu national brut en aide au développement (contre 0,46% actuellement), 41% des Belges répondent favorablement (40% en 2021), contre 27% qui continuent de ne pas le souhaiter et 33% qui sont sans avis (32% en 2021). Enfin, en réponse à la crise alimentaire dont sont victimes les pays en développement, plus de sept Belges sur dix souhaitent renforcer la souveraineté alimentaire des pays en développement en augmentant leur propre production pour leurs populations, 60% souhaitent instaurer un système multilatéral de gestion des stocks alimentaires pour réguler les marchés agricoles et enrayer la volatilité des prix, 52% souhaitent instaurer un mécanisme obligeant les pays producteurs à fournir au Programme alimentaire mondial une aide alimentaire en cas de crise, 45% souhaitent octroyer aux pays les plus vulnérables une aide financière pour s’approvisionner en denrées alimentaires (contre 18% défavorables) et 43% souhaitent suspendre le soutien à la production des agro-carburants qui détournent une partie de la production céréalière mondiale de l’alimentation humaine (contre 10% défavorables et les autres sans avis). ConclusionFace aux crise multiples – sanitaire, énergétique, climatique, sociale, financière –, la majorité des Belges plaide pour des mesures ambitieuses pour enrayer la flambée des prix, accélérer la transition énergétique, renforcer la justice fiscale, imposer un devoir de vigilance aux multinationales et accueillir dignement les réfugiés. L’évolution la plus notable du Baromètre 2022 concerne la régularisation des sans-papiers, désormais soutenue par une majorité des Belges – y compris en Flandre. Enfin, une majorité de Belges reste favorable à la solidarité internationale avec les pays en développement – que ce soit en matière de financement du Fonds vert pour le climat, de la souveraineté alimentaire ou de l’aide au développement. Toutefois, les mesures de soutien financier aux pays en développement rencontrent un appui plus nuancé et plus prudent des Belges, qui privilégient dans le contexte de polycrise actuelle les aides qui leur sont directement destinées. Dans la presseLes Belges majoritairement d’accord pour régulariser les sans-papiers (sondage Le Vif/CNcd-11.11.11) Découvrez ci-dessous d’autres visuels des questions de ce sondage. |
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Sondage Ipsos réalisé en partenariat avec Le Vif. Questionnaire en ligne mené du 5 ou 12 octobre 2022 sur un échantillon de 1 000 personnes. Marge d’erreur maximale de 3,1% |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/barometre-de-la-solidarite-internationale-2022 |