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Traité UE-Mercosur : un désastre sanitaire, environnemental, climatique et social en vue ! |
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Le Traité du Mercosur, accord de libre-échange entre les pays du Mercosur et l’Union Européenne, a fait l’objet de nombreuses critiques de la part du monde agricole presque partout en Europe. Par contre, on n’a que peu évoqué les problèmes majeurs que ce traité va provoquer aux niveaux de l’environnement, du climat, de la santé et des droits humains. Et pourtant ses impacts seront très lourds dans chacun de ces domaines. |
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Jean-Marie Joassart
16 avril 2026
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Une première conséquence du traité sera la possibilité pour les pays du Mercosur de vendre et donc de produire, d’énormes quantités supplémentaires de viande bovine et de produits agricoles comme le soya et le maïs. Or, il s’agit là de deux causes majeures de déforestation. Le traité donne pratiquement un blanc-seing à ces pays pour encore aggraver le processus de déforestation dans le but d’accroître la surface disponible pour l’élevage ou l’agriculture. Et cela alors qu’en 2025 déjà, un regroupement d’organisations environnementales amazoniennes et autres ont tiré la sonnette d’alarme en affirmant qu’avec déjà une perte de 25 % de sa surface initiale, la forêt amazonienne était en passe d’atteindre un point de non-retour. En effet, la réduction de la surface forestière va diminuer les quantités d’eau évaporées, entrainant la diminution des chutes de pluie, ce qui va à son tour fragiliser la forêt. L’Europe, via ce traité, risque bien de donner le coup de grâce à la forêt amazonienne ! Les conséquences pour le climat de cette perte de surface de la forêt primaire amazonienne, vieille de plusieurs millions d’années, sont incalculables : perte d’un énorme puits de carbone et, au contraire, libération massive de C02 dans l’atmosphère, lors des incendies volontaires ou non qui suivent le défrichement, perturbation grave du régime des pluies, entraînant des précipitations de moins en moins abondantes, puis la transformation progressive de la forêt en savane et finalement en zone désertique. La déforestation menace aussi gravement la survie même des peuples autochtones qui vivent en étroite symbiose avec la forêt, qui leur procure l’habitat, la nourriture et l’eau potable dont ils ont besoin. Une autre conséquence du traité, dramatique pour l’environnement mais aussi pour les humains, est la promotion d’une agriculture de type industriel, basée sur l’emploi massif d’engrais chimiques et de pesticides. Beaucoup de ces derniers sont même interdits d’usage en Europe pour cause de dangerosité avérée. L’attitude de l’Europe est donc particulièrement hypocrite puisqu’elle produit elle-même la plupart de ces pesticides, même ceux qu’elle interdit chez elle, mais autorise leur exportation vers les pays du Mercosur et ferme les yeux lorsque des résidus de ces pesticides reviennent dans les assiettes des européens via les produits agricoles importés. Même les pesticides autorisés en Europe, comme le glyphosate, classé en 2015 comme « cancérigène probable » pour l’homme par le Centre de recherche sur le cancer, suscitent les craintes les plus vives. Qu’ils soient pulvérisés par avion, ce qui est souvent le cas, ou par voir terrestre, c’est un euphémisme de dire qu’aucune précaution n’est prise en vue de préserver ni les humains, adultes ou enfants, ni la riche biodiversité végétale et animale en bordure des immenses surfaces cultivées, et cela avec des doses de pesticides utilisées par ha pouvant être jusqu’à sept fois supérieures à celles utilisées en Europe. Les conséquences néfastes pour la santé, d’abord pour les populations locales, sont bien documentées et dramatiques : cas d’intoxication aigues, taux élevés de certains cancers et autres maladie chronique, notamment neuro-dégénératives, fréquence en augmentation de manière exponentielle de malformations congénitale, etc. Pour les consommateurs plus lointains de ces produits, les conséquences néfastes pour la santé sont plus que probables, même si c‘est plus difficile à démontrer. L’usage en grandes quantités d’engrais tels que nitrates et phosphates entraine une pollution tant des eaux que du sol et de l’air avec de graves conséquences également pour la santé humaine et pour l’environnement. Enfin, en encourageant objectivement la déforestation, le traité ferme les yeux sur les innombrables atteintes aux droits humains que celle-ci entraine : populations indigènes chassées de leurs terres, privées de leur habitat et donc de leurs moyens de subsistance, violence extrême, allant jusqu’à l’assassinat, à l’égard des militants pour les droits humains ou le climat, impunité quasi totale pour les milices privées au service de l’agro-business, responsables de ces exactions, etc…La liste est longue des atteintes aux droits humains que l’Europe feint d’ignorer. Inutile de dire que ce n’est en aucun cas la population locale qui bénéficierait de conséquences bénéfiques du traité. Celui-ci sème plutôt la famine pour les petits producteurs chassés de leurs terres, qui n’ont souvent d’autre choix que de rejoindre les bidonvilles et autres favelas périurbains pour y vivre dans une extrême pauvreté. Il faut dire également que l’accord avec le Mercosur est en opposition totale avec les objectifs européens officiels. La commission européenne s’est, en principe fixé trois objectifs. D’abord atteindre la neutralité climatique : est-ce en intensifiant la déforestation et l’agriculture chimique là-bas, qu’elle y arrivera ?. Ensuite réduire l’utilisation de pesticides : en en produisant et en en exportant toujours plus ? Enfin éliminer les voitures à combustion interne : l’Europe espère-t-elle atteindre ce but en exportant ses voitures dans ces pays ? En conclusion, signer le traité, c’est clairement encourager la déforestation, promouvoir un mode d’agriculture polluant très néfaste pour la santé et l’environnement et enfin fermer les yeux sur de graves violations des droits humains. Est-ce vraiment cela que l’Europe a de mieux à offrir à l’Humanité ? |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/Traite-UE-Mercosur-un-desastre |