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#MadeInIllegality Etiquetage d’origine : la mention « colonie israélienne » est obligatoire |
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La Cour de Justice de l’Union européenne a rendu son arrêt sur la question de l’étiquetage des produits des colonies. L’arrêt précise que l’étiquetage d’origine doit comporter la mention « colonie israélienne » pour que le consommateur soit correctement informé. L’étiquetage des produits des colonies israéliennes est demandé depuis novembre 2015 par l’UE, mais son application est encore très faible voire inexistante. Pour le CNCD-11.11.11, l’Europe doit aller au bout de sa logique et interdire toute relation économique avec les colonies, qui constituent une violation du droit international. |
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Nathalie Janne d’Othée
12 novembre 2019
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Le 24 novembre 2016, le Ministère français de l’Economie et des Finances publiait un Avis aux opérateurs économiques concernant l’étiquetage d’origine des produits issus des colonies israéliennes, traduisant ainsi au niveau français la Communication interprétative de l’UE de novembre 2015. L’introduction par plusieurs supermarchés français d’un étiquetage spécifique pour les produits des colonies amène l’entreprise viticole israélienne Psagot, située dans une colonie israélienne en Cisjordanie, à demander l’annulation de cet avis au Conseil d’Etat. Fin mai 2018, ce dernier pose alors une question préjudicielle à la Cour de Justice de l’UE en vue de clarifier le caractère obligatoire ou non de la mention « colonie israélienne » selon le droit européen. Dans son arrêt rendu ce matin dans l’« affaire C-363/18 Organisation juive européenne et Vignoble Psagot », la Cour de Justice de l’UE estime que l’étiquetage des produits des colonies israéliennes est obligatoire. « Les denrées alimentaires originaires d’un territoire occupé par l’État d’Israël doivent porter non seulement la mention de ce territoire, mais également, dans le cas où de telles denrées alimentaires proviennent d’une localité ou d’un ensemble de localités constituant une colonie israélienne à l’intérieur dudit territoire, la mention de cette provenance » estime la Cour. La décision de la Cour est rendue en Grande Chambre. Elle donc définitive et s’applique désormais dans toute l’UE. L’étiquetage des produits des colonies, jusqu’ici peu appliquéLe renvoi préjudiciel par le Conseil d’Etat français permet de mettre en lumière la manière donc l’étiquetage d’origine est actuellement appliqué en Europe. La publication de la Communication interprétative de l’UE en novembre 2015 avait été suivie de peu d’effets. La Commission européenne avait renvoyé la responsabilité de l’application aux Etats membres. De leurs côtés, de nombreux Etats membres avaient considéré que la Notice interprétative de l’UE n’était pas contraignante et que l’étiquetage n’était par conséquent pas obligatoire. En Belgique, le SPF Economie avait déjà émis un avis aux détaillants sur le sujet en juillet 2014, c’est-à-dire un an et demi avant la notice européenne. En 2017, les ONG, dont le CNCD-11.11.11, ont mené une analyse de l’application de l’étiquetage d’origine des produits des colonies. Dans les supermarchés, aucun produit issu des colonies n’était alors correctement étiqueté. Identification difficileInterrogés, les responsables du SPF Economie avaient alors relevé la difficile identification des produits des colonies. La Communication européenne précise en effet que les informations sur l’origine peuvent venir de plusieurs sources, mais précisent que dans de nombreux cas celles-ci se retrouvent dans les documents douaniers. Or la coopération douanière dans le cadre de l’Accord d’Association entre l’UE et Israël, et l’accord technique de 2005 rendent cette information souvent caduque. Le détaillant peut quant à lui retrouver l’indication de l’origine dans d’autres documents comme les factures, les bons de livraison ou les documents de transports. Il peut dans le cas contraire se renseigner auprès de son fournisseur ou de l’importateur. Mais il subsiste une difficulté d’identification en particulier pour les produits frais, légumes et fruits, dont l’origine est plus facile à brouiller pour les opérateurs israéliens. Mauvaise applicationDans certains cas pourtant, l’origine de produits des colonies est claire. C’est le cas en particulier des vins des colonies israéliennes de Cisjordanie et du Golan syrien. Plusieurs cas de mauvais étiquetage de ces vins avaient ainsi été signalés au SPF Economie en 2017, via leur Point de contact. Ces signalements avaient été suivis de démarches de la part du SPF auprès des détaillants afin qu’ils se mettent en conformité. Malheureusement, le SPF Economie n’a pas toujours orienté les détaillants dans le bon sens, donnant lieu à de nouvelles erreurs d’étiquetage.
C’est le cas par exemple de Delhaize qui commercialise les vins de la Golan Heights Winery via son site web. Alors que ce producteur viticole a son siège social dans la colonie de Katzrin dans le Golan syrien occupé, ces vins étaient commercialisés en 2017 comme provenant d’Israël. Suite aux démarches du SPF Economie, Delhaize a premièrement introduit une catégorie « colonies israéliennes » sur son site web mais s’est semble-t-il vite ravisé. La solution trouvée in fine a été de ne plus mentionner de pays d’origine du produit mais bien une région viticole d’origine, en l’occurrence ici « Golan Heights » (en anglais sur le site). Contacté par le CNCD-11.11.11, le SPF Economie avait répondu qu’une telle origine ne pouvait être considérée trompeuse pour le consommateur puisqu’il s’agissait bien de la région d’origine de ces vins. L’arrêt de la Cour de Justice de l’UE démontre aujourd’hui qu’une telle mention d’origine n’est pas suffisante. Mais ce cas démontre surtout le manque d’informations dont disposent les administrations nationales pour appliquer la Communication européenne sur l’indication de l’origine des produits des colonies. La Belgique à la traineSelon une étude menée sur l’étiquetage des vins des colonies israéliennes par le think tank EUMEP [1] , la Belgique est n’est pas une bonne élève en matière d’application de l’étiquetage. Sur 502 vins des colonies, vendus par 11 sites web, seuls 2 vins sont correctement étiquetés. La Belgique est en outre à la traîne derrière des pays comme la France et l’Allemagne, où une part plus importante des vins des colonies est bien étiquetée. Une piste d’évolution serait donc de mettre en place un échange de bonnes pratiques sur le sujet entre Etats membres de l’UE.
PrécisionsL’arrêt de la Cour de Justice de l’UE apporte plusieurs précisions sur la question de l’étiquetage d’origine des produits des colonies israéliennes, mais aussi de l’esprit qui doit en guider l’application :
Conclusions et recommandationsCette affaire portée devant la CJUE permet de remettre la question de l’étiquetage des produits des colonies israéliennes à l’agenda européen. Le CNCD-11.11.11 encourage donc la nouvelle Commission européenne ainsi que le nouveau gouvernement belge à :
Mais comme le souligne la Cour, les colonies israéliennes « concrétisent une politique de transfert de population menée par cet État en dehors de son territoire, en violation des règles du droit international général humanitaire ». Ces dernières années, l’annexion des territoires palestiniens et syriens est une politique déclarée et assumée par le gouvernement israélien, ce qui constitue une violation claire du droit international. Sans réaction européenne à la mesure de ces violations, le droit international sera bientôt mis hors-jeu de toute solution au Proche-Orient. C’est pourquoi, le CNCD-11.11.11 et les autres membres de la campagne Made in Illegality demandent à l’UE et ses Etats membres d’aller au-delà de l’étiquetage. En effet, tous les pays ont l’obligation juridique de faire respecter le droit international, de ne pas reconnaître la situation illégale créée du fait de ces violations et de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation [2]. En conséquence, ils doivent interdire toute importation ou commercialisation des produits des colonies israéliennes illégales, ainsi que toute relation économique avec celles-ci. |
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Cette analyse a été publiée le 15 juin 2019 à l'occasion de la publication des conclusions de l'Avocat général et mise à jour le 12 novembre 2019 suite à l'arrêt de la Cour. |
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Notes de bas de page [1] L’étude a porté uniquement sur des ventes en ligne. [2] Voir François Dubuisson (Centre de droit international-ULB), Les obligations internationales des États membres de l’UE concernant le commerce des produits des colonies israéliennes, CNCD-11.11.11, 11.11.11 & FIDH, Rapport, février 2014 (mis à jour en juillet 2014).. |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/etiquetage-origine-colonie-israelienne |