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Commerce Ratifier l’accord de commerce avec la Colombie, le Pérou et l’Equateur ? |
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En bref. A l’heure où les Etats-Unis prennent la direction du protectionnisme, la diversification des partenariats commerciaux est fondamentale pour les pays latino-américains, notamment andins. Un développement du commerce entre l’Europe, la Colombie, le Pérou et l’Equateur est donc souhaitable, mais pas à n’importe quel prix. A l’heure où le Parlement de Wallonie s’apprête à débattre de sa ratification, il faut rappeler que l’Accord de commerce proposé entre ces trois pays et l’UE ne respecte pas les balises essentielles pour promouvoir le développement durable et risque de renforcer la spécialisation de ces pays dans l’exportation de matières premières à faible valeur ajoutée. C’est pourquoi la ratification par la Belgique de ce traité devrait être conditionnée à l’inclusion de mesures contraignantes en matière de développement durable, de droits humains et de réglementation financière et fiscale. |
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Nicolas Van Nuffel
19 mars 2018
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Négocié principalement sous la première Commission Barroso, l’Accord de commerce entre l’Union européenne, la Colombie et le Pérou a été signé en juin 2012. S’agissant d’un traité d’ancienne génération, basé sur un mandat découlant du Traité de Nice, il se veut exclusivement commercial, à l’inverse des accords plus récents tels que le CETA, qui incluent la dimension de protection des investissements. Il a cependant été qualifié de mixte par les institutions européennes, ce qui signifie qu’il doit être ratifié par l’ensemble des Etats membres et nécessite donc, en Belgique, l’assentiment des entités fédérées. Il est toutefois entré en vigueur de façon provisoire en 2013, à la suite de l’approbation du Conseil et du Parlement européen, ainsi que des pays partenaires. Seule la mise en œuvre des quatre articles qui justifient sa mixité est retardée [1]. Les négociations avaient au départ démarré avec les quatre Etats membres de la Communauté andine des Nations (CAN). L’Equateur et la Bolivie s’en sont cependant retirés, estimant que le cadre posé par l’Union européenne ne leur permettait pas de négocier un accord favorable à leur propre développement. L’Accord a donc été conclu avec deux pays seulement. Entretemps, l’Equateur a accédé au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, ce qui entraîne pour lui la perte de l’accès au Régime spécial d’encouragement (dit « SPG+ ») proposé par l’Union européenne et donc l’établissement de barrières douanières pour ses exportations. Défavorisé par rapport à ses voisins, il a donc été contraint de négocier à son tour avec l’UE un protocole lui permettant de rejoindre l’Accord. Celui-ci est à son tour entré en vigueur le 1er janvier 2017. En février 2018, trois Etats membres de l’UE n’ont pas ratifié l’Accord : l’Autriche, la Grèce et la Belgique. Dans notre pays, plusieurs entités fédérées ont jusqu’ici retardé leur assentiment, en raison notamment des appels unanimes de la société civile à conditionner la ratification à des améliorations [2]. Impact de l’Accord sur les pays concernésA l’ère de la mondialisation, il est bien entendu impossible d’isoler l’impact global d’un accord de commerce particulier sur un pays donné. Cependant, après près de cinq ans de mise en œuvre provisoire vis-à-vis de la Colombie et du Pérou, il est intéressant d’observer l’évolution des indicateurs macro-économiques des pays concernés, en particulier de leur balance commerciale vis-à-vis de l’Union européenne. L’évaluation d’impact commanditée par l’Union européenne [3] prédisait un impact à peu près nul de l’accord pour l’économie européenne. Ceci s’explique par le fait que les partenaires andins occupent une place mineure dans les relations commerciales de l’UE : 0,3% environ pour la Colombie ainsi que pour le Pérou ; 0,1% pour l’Equateur. Les prévisions étaient par contre nettement plus optimistes en ce qui concerne la Colombie (jusqu’à 1,3 point de croissance à l’horizon 2018) et le Pérou (de 0,5 à 0,7 points de croissance). Qu’a-t-on constaté durant les premières années de mise en œuvre ? La croissance de la Colombie s’est fortement ralentie depuis 2013, passant de 4,9% cette année-là à 1,8% en 2017 [4]. L’évolution a été plus contrastée pour le Pérou, dont le taux de croissance a baissé brutalement de 5,9% en 2013 à 2,4% l’année suivante, avant de connaître une embellie provisoire puis de baisser à nouveau à 2,5% en 2017. L’évolution de la croissance colombienne reflète en fait la tendance générale en Amérique latine, le Pérou faisant plutôt exception en la matière. La région, assez bien préservée de la crise financière de 2008, a ensuite connu une baisse continue de son taux de croissance, jusqu’à entrer en récession en 2015. Cette « panne » s’explique principalement par l’effondrement des cours des matières premières, sur laquelle nombre de ces pays ont basé leur croissance au cours de la décennie précédente, entraînant un phénomène de « re-primarisation » de leur économie qui les a ensuite fragilisés lors de la chute des cours. Il n’est donc pas principalement imputable à l’Accord de commerce négocié avec l’UE. Cependant, comme nous le verrons plus loin, ledit accord a renforcé ce phénomène de primarisation et n’a donc pas pu servir à engendrer une dynamique contra-cyclique. Au-delà de la croissance, il est particulièrement intéressant de se concentrer sur l’évolution de la balance commerciale entre l’UE et ces deux pays. L’étude d’impact susmentionnée prévoyait une hausse de 9 à 10% des exportations totales de la Colombie et d’environ 7% dans le cas du Pérou. Dans les faits, la valeur des exportations colombiennes s’est pourtant littéralement effondrée, passant de 63,8 à 30,2 milliards USD entre 2012 et 2015 [5] ; ceci, alors que dans le même temps les importations connaissaient une évolution en dents de scie, passant de 55,6 milliards USD en 2012 à 61,5 en 2014, avant de chuter à 42,9 milliards USD en 2016. En conséquence de quoi, le déficit de la balance commerciale s’est irrémédiablement creusé. Ce phénomène s’explique à nouveau par l’effondrement des prix des matières énergétiques : en quatre ans, la valeur des exportations de pétrole et de charbon est passée de 42 à 14,6 milliards USD. Le Pérou a lui aussi connu une évolution négative de ses exportations, passées de 47,4 milliards USD à 35,6 milliards USD sur la même période et qui s’explique, dans son cas, par la baisse des cours des produits minéraux : la somme des exportations de minéraux et métaux est passée en trois ans de 33,8 à 24,36 milliards USD. Cette évolution globale se reflète dans l’évolution de la balance commerciale de ces pays avec l’Union européenne. Selon les données d’Eurostat [6], les exportations colombiennes de biens vers l’Europe ont baissé de 38% entre 2012 et 2016, passant de 8,6 à 5,36 milliards EUR, tandis que les importations augmentaient jusqu’en 2015, évoluant de 5,5 à 6,5 milliards EUR, avant de redescendre à 5,44 milliards EUR en 2016. Ce pays a donc vu, depuis l’entrée en vigueur de l’accord, sa balance commerciale passer d’un solde fortement positif à un solde négatif. L’évolution est encore plus spectaculaire lorsqu’elle est exprimée en dollar : étant donné la valorisation de cette monnaie vis-à-vis de l’euro, les exportations ont en fait baissé de moitié en quatre ans ! A nouveau, le Pérou a connu une évolution similaire, quoique moins prononcée. Ses exportations de biens vers l’UE ont ainsi diminué de 6,3 à 5,1 milliards EUR depuis 2012 (une baisse de 20% en EUR, mais 35% en USD), tandis que les importations augmentaient légèrement, de 3,5 à 3,6 milliards EUR). La balance commerciale de ce pays est donc restée positive, mais son excédent a quasiment diminué de moitié depuis l’entrée en vigueur de l’accord. Face à toutes ces statistiques, force est de constater que l’Accord de libre-échange dont il est ici question est loin d’avoir tenu ses promesses : si son impact sur l’Union européenne est proche de zéro étant donné le poids des pays concernés dans les relations commerciales de notre continent, il a entraîné, ou en tous les cas n’a pas pu empêcher une baisse des relations ainsi qu’une inversion de la balance commerciale en défaveur des pays en développement concernés. L’Accord manque de balises pour garantir le développement durableSuite au lancement de négociations économiques et commerciales avec les Etats-Unis, puis de la conclusion de l’Accord économique et commercial global avec le Canada (CETA), on a assisté en Europe et singulièrement en Belgique à un débat démocratique sur les politiques commerciales. Ce débat s’est concentré en bonne partie sur le bien-fondé de l’approche européenne en matière de règlement des différends entre investisseurs et Etats. L’accord dont il est question ici ne comporte pas de clause de ce type, étant donné que le domaine des investissements n’a été communautarisé qu’avec le Traité de Lisbonne. Néanmoins, d’autres balises importantes ont émergé dans ces débats. Si l’accord répond à certaines d’entre elles, d’autres ne sont, d’évidence, pas respectées. Ceci est d’autant plus inquiétant quand on connaît les particularités de l’Amérique andine.
Conclusion et recommandationsA l’heure où l’Amérique latine connaît une crise économique importante, qui fait suite à quinze années de croissance portée par les exportations de matières premières ; à l’heure où les Etats-Unis annoncent le retour de mesures protectionnistes qui affecteront sans aucun doute les pays latino-américains ; à l’heure enfin où la Colombie semble prête à sortir d’un conflit qui aura duré plus de cinquante ans, le développement de relations commerciales entre l’Union européenne et la Communauté andine des Nations est un outil potentiellement important de développement durable pour les pays concernés. Les entités qui n’ont pas encore marqué leur assentiment à ce traité ont la capacité de marquer leur attachement aux droits humains et à mettre fin à cet accord, dont la mise en œuvre provisoire n’a pas du tout rempli les promesses annoncées par ses défenseurs. L’impact global d’une telle décision sera proche de zéro pour l’économie européenne, mais pourrait être très positif pour les pays concernés, à condition que l’Accord soit négocié sur de nouvelles bases.
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Notes de bas de page [1] Les articles en question concernent le désarmement et la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive (art. 2), la Convention de Paris sur les droits de propriété intellectuelle (art. 202 §1), ainsi que les procédures administratives (art. 291 et 292). Cf. Décision du Conseil du 31 mai 2012 relative à la signature, au nom de l’Union, et à l’application provisoire de l’accord commercial entre l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la Colombie et le Pérou, d’autre part, art. 3. In Journal officiel de l’Union européenne, L 354, 55e année, 21 décembre 2002. Disponible sur le web. [2] Voir notamment Cermak, Michel et Compère, Stéphane. Accord commercial UE-Colombie-Pérou : avec ou sans respect pour la vie humaine ? CNCD-11.11.11, décembre 2015, ainsi que les divers documents qui y sont référencés. Disponible sur le web. [3] Development Solutions, CEPR et Manchester 1824. Andean Trade Sustainability Impact Assessment : Final Report. Octobre 2009. Disponible sur le web. [4] Données macro-économiques sont issues des bases de données de la Banque mondiale. [5] Données de l’Obervatory of Economic Complexity du Massachussetts Institute of Technology : http://atlas.media.mit.edu [6] Données disponibles sur le site de la Commission européenne. [7] Vander Stichele, Myriam. Free Trade Agreement EU-Colombia & Peru : Deregulation, illicit financial flows and money laundering. SOMO, décembre 2012. Disponible sur le web. |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/Ratifier-l-accord-de-commerce-avec |