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Une vraie clause sociale avant tout nouvel accord d’investissement |
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Michel Cermak
29 avril 2013
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En Colombie, plus de 50 leaders syndicaux sont assassinés chaque année en toute impunité, simplement pour avoir choisi de défendre le droit humain à un travail décent pour une vie décente. La Coalition belge pour le travail décent a obtenu le rejet d’un accord d’investissement qui aurait lié la Belgique à la Colombie, rejeté par le gouvernement flamand, puis par le gouvernement wallon en 2010 [1] et enfin par le gouvernement fédéral belge en 2011. La Coalition dénonce depuis longtemps les abus permis par ce type d’accords (appelés « Accords bilatéraux de protection des investissements » ou ABI), qui ont déjà permis à des multinationales dans de nombreux pays de remettre en question des mesures publiques d’intérêt général (protégeant la santé publique, l’accès à l’eau, les droits des travailleurs ou encore l’environnement) sous prétexte que cela risquait de réduire leurs profits [2]. Le ABI, tels qu’ils sont rédigés aujourd’hui, constituent donc potentiellement un solide obstacle contre toute nouvelle législation sociale ou environnementale, dont un investisseur étranger pourra toujours démontrer qu’elle menace ses profits. La Belgique a intégré dans son texte de référence des « clauses sociales et environnementales » qui pourraient être des outils pour encourager les pays partenaires à améliorer leurs normes dans ces matières. Mais ces clauses sont rédigées dans un langage juridique si faible, non contraignant, qu’elle n’offrent simplement aucun recours possible par rapport à un pays où les violations des droits fondamentaux des travailleurs sont quotidiennes. Les impacts de ces ABI ne menacent d’ailleurs pas que les Etats du Sud. En 2012, 30% des recours intentés par des investisseurs visaient des Etats riches [3]. La Belgique en faisait partie puisqu’elle a été visée par la plainte d’un investisseur chinois, réclamant réparation pour une perte de presque 3 milliards d’Euros [4]. En 2012, la Coalition s’est mobilisée une fois de plus pour empêcher la ratification d’un ABI avec le Qatar, où des centaines de milliers de travailleurs migrants sont exploités dans des conditions quasi-esclavagistes. [5] Cet accord, ainsi que 4 autres, ont malheureusement été ratifiés mais le Sénat et la Chambre des représentants ont averti qu’à l’avenir, la condition essentielle pour obtenir leur assentiment sur de nouveaux ABI, serait 1/ Une information et consultation des parlements en amont, lors du lancement des négociations ; 2/ Une évaluation de l’efficacité des normes sociales et environnementales ; 3/ Une protection du droit des Etats à réguler. [6] Le Ministre Reynders s’était montré ouvert devant la chambre des représentants à améliorer le texte modèle, sur la base duquel les futurs accords seront négociés. La Coalition s’étonne, dès lors, d’apprendre que la Belgique envisage d’entamer ou continuer la négociation de 20 à 30 ABI supplémentaires sur base du modèle ancien obsolète, sans mettre une priorité absolue sur des avancements vers un nouveau modèle qui équilibrerait les droits des investisseurs avec les droits humains, les droits des travailleurs, la protection de l’environnement du droit des Etats à prendre des mesures pour protéger l’intérêt général. __filet.png__ M. le Premier Ministre, La Coalition belge pour le travail décent, composée des syndicats et d’ONG belges, s’étonne d’apprendre que la Belgique envisage de négocier de nouveaux accords bilatéraux de protection des investissement (ABI) sans mener à bien, d’abord, le développement d’un nouveau texte modèle, qui intégrerait des garanties sérieuses en terme de respect des normes sociales et environnementales ainsi que de protection de l’intérêt général. Dans le cadre de la nouvelle réglementation européenne « Dispositions transitoires pour les accords bilatéraux d’investissement conclus entre des États membres et des pays tiers » votée en décembre 2012, les Etats membres peuvent obtenir auprès de la Commission européenne l’autorisation de négocier de nouveaux ABI. Après avoir dénoncé depuis de nombreuses années les dérives récurrentes engendrées par les ABI et réclamé une révision urgente du texte de référence belge (voir ci-joint le dernier courriel envoyé en ce sens), et après les signaux positifs des gouvernements et des parlementaires (voir ci-dessous), la Coalition ne pourrait comprendre que la Belgique ne décide de persévérer dans le « business as usual ». De plus, la Commission européenne négocie actuellement des accords similaires avec le Canada, l’Inde et d’autres, et propose des formulations nouvelles visant à corriger les lacunes des ABI des états membres européens, notamment en matière de transparence et de lutte contre les conflits d’intérêts dans l’arbitrage privé ou de protection du droit des Etats à réguler. Ses ABI sont d’ailleurs intégrés à des accords commerciaux plus larges qui contiennent des clauses sociales et environnementales plus complètes que celles des ABI belges et accompagnées de monitoring participatif. Ces pistes ne correspondent pas à notre modèle idéal mais vont dans le bon sens, il serait insensé que la Belgique n’en profite pas pour se questionner sur son modèle. Signaux positifs passés (détaillés en annexe) :
La Coalition belge pour le travail décent demande :
La Coalition belge pour le travail décent. |
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Notes de bas de page [1] Voir « Un accord sur les investissements avec la Colombie bloqué. Une victoire pour le travail décent ! » [2] Pour une analyse plus détaillée des abus rendus possibles par les ABI, voir « ABI : une camisole de force pour les Etats » [3] Voir le résumé du rapport 2012 de la CNUCED sur les cas de différends initiés par des investisseurs à l’encontre d’Etats sur base d’ABI. 2012 a vu un nombre record de cas (62), 70% des cas ont été gagnés par les investisseurs. 1 cas a mené à une amende de 1,7 milliards $ pour l’Equateur pour avoir mis fin à un contrat d’exploitation pétrolière. www.twn.my/title2/wto.inf... [4] Voir la carte blanche publiée dans l’Echo : « Un assureur chinois ferait payer 2,8 milliards au contribuable belge ? » [5] Voir la carte blanche de la Coalition dans les Echos : « Indécence sur les chantiers qataris du foot » [6] Voir le communiqué faisant suite à l’audition obtenue par la Coalition au Sénat : « Belgique – Qatar : 1-0 pour des conditions de travail indécentes » |
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URL : https://www.coalitionagainsthunger.be/Une-vraie-clause-sociale-avant |