Ni nourriture, ni refuge : Gaza étranglée
Le 15 juin, plusieurs membres de la Coalition contre la faim ont participé à la mobilisation massive « Trace la ligne rouge » pour Gaza à Bruxelles. En tant que mouvement agroécologique, nous avons formé un bloc, car le droit à l’alimentation ne peut exister sans le droit à la vie, à la terre et à la libération. Nous appelons l’État belge à assumer ses responsabilités et à contribuer activement à la fin de cette catastrophe humanitaire. Les paroles et actions symboliques ne suffisent pas.
Des milliers de Palestinien·ne·s poussé·es par la faim continuent de se rassembler chaque jour dans l’espoir d’accéder à de la nourriture, après des mois de blocus total de l’aide humanitaire imposé depuis le 2 mars 2025. Là où ils espèrent simplement trouver de quoi survivre, ils sont accueillis par des tirs à balles réelles. Depuis le 27 mai, plus de 450 personnes ont déjà été tuées en tentant d’accéder à la nourriture distribuée par la “Gaza Humanitarian Foundation” – une structure opaque, imposée sans ancrage local, qui incarne les dérives d’une aide humanitaire instrumentalisée à des fins politiques.
La politique délibérée visant à utiliser la nourriture, l’eau et l’accès à la terre comme armes de guerre n’est plus une exception : elle est devenue l’arme de prédilection pour déshumaniser et anéantir systématiquement le peuple palestinien.
À Gaza, le bombardement d’infrastructures vitales – systèmes d’irrigation, boulangeries, banques de semences, serres, cliniques, écoles – tue, mais efface aussi des savoirs ancestraux et la capacité même de régénérer la vie. En Cisjordanie, les communautés palestiniennes sont privées d’accès à leurs terres, contraintes d’utiliser des intrants et pesticides nocifs, prises au piège d’une souveraineté alimentaire rendue impossible par l’étouffement colonial. Cette destruction n’a rien d’accidentel : elle répond à une stratégie délibérée de dépossession, de fragmentation et de contrôle sur le long terme.
Pour la Coalition contre la faim et le mouvement agroécologique, le silence n’est pas une option. L’agroécologie n’est pas une simple approche neutre — elle représente un combat pour la justice, pour la paix, et pour le droit des peuples à décider eux-mêmes de la manière dont ils produisent leur alimentation et gèrent leurs terres et leurs ressources.
Il s’agit d’une lutte aux côtés de celles et ceux qui sont opprimés par des systèmes d’occupation, de racisme, d’exploitation et par une logique industrielle qui détermine qui peut manger, quoi, quand et à quelles conditions.
Dans un tel contexte, il ne reste alors qu’une solution : défendre notre humanité commune. Défendre le droit d’exister. Car même quand tout est détruit, notre solidarité demeure.
Concrètement, nous demandons à la Belgique de :
- Continuer à exiger un cessez-le-feu complet et inconditionnel.
- Appeler à la levée immédiate, inconditionnelle et permanente du blocus de l’aide humanitaire à Gaza, afin que des quantités suffisantes de nourriture atteignent effectivement la population de manière durable et sûre.
- Se conformer à l’avis de la Cour de justice internationale - CIJ - relatif à l’occupation du Territoire palestinien, lequel impose notamment d’interdire tout commerce, dont agricole, avec les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé.
- Se positionner en faveur de la suspension immédiate de l’Accord d’association UE-Israël, conformément à son article 2.
- Prendre l’initiative pour l’interdiction de la vente et du transit de matériel militaire vers Israël.
Soutenir les organisations palestiniennes engagées dans l’aide alimentaire d’urgence et la reconstruction des systèmes alimentaires locaux, durables et résilients.
Tribune publiée au nom de la Coalition contre la Faim, Broederlijk Delen, Caritas International, CNCD-11.11.11, Entraide & Fraternité, Oxfam, Solidagro.




